Une assise qui se creuse, des brins qui cassent, un trou au milieu de la paille : le rempaillage d’une chaise permet de lui redonner une assise neuve sans changer le meuble. Avant de demander un devis ou d’acheter un kit, il faut savoir de quoi on parle. Paillage, rempaillage et cannage ne désignent pas la même technique, n’utilisent pas les mêmes matériaux et n’ont pas le même coût. Ce guide fait le point sur les différences, les étapes d’un rempaillage, ce qui fait varier le prix chez un artisan ou en version DIY, et les cas où il vaut mieux remplacer la chaise plutôt que la réparer.
Paillage, rempaillage, cannage : trois mots, deux techniques
Les termes sont souvent mélangés, y compris dans les annonces. En réalité, il existe deux grandes familles de garnissage d’assise, et un troisième mot qui décrit simplement une remise en état.
Le paillage
Le paillage consiste à garnir le cadre de l’assise avec des cordons de fibre végétale torsadés à la main, enroulés autour des quatre traverses en partant des angles vers le centre. Entre le dessus et le dessous de l’assise, on glisse un bourrage qui donne du volume et du confort. Le résultat forme quatre triangles qui se rejoignent au milieu : c’est le motif typique des chaises de campagne.
Le rempaillage
Le rempaillage, c’est le même travail réalisé sur une chaise qui était déjà paillée : on retire l’ancienne assise usée et on refait un paillage complet. Le mot ne désigne donc pas une technique à part, mais une rénovation. Quand on cherche un rempailleur de chaise, on cherche en pratique un artisan qui maîtrise le paillage.
Le cannage
Le cannage est une tout autre technique : l’assise est tressée avec de fines lanières de rotin, la canne, qui forment un motif ajouré à mailles octogonales. On le trouve surtout sur les chaises de style, les fauteuils et les chaises bistrot. Il existe deux variantes :
- le cannage traditionnel, dit au trou : les brins passent un à un dans des trous percés tout autour du cadre, puis sont tissés en plusieurs passes croisées ;
- le cannage mécanique, ou en feuille : une trame tissée d’avance est posée dans une rainure creusée dans le cadre, puis bloquée par un jonc collé.
Pour reconnaître le type d’assise d’origine, retournez la chaise : des trous alignés sur le pourtour signalent un cannage au trou, une rainure fermée par un jonc indique un cannage en feuille, et quatre traverses arrondies sans trous ni rainure correspondent à un paillage. L’article de Wikipédia consacré au cannage retrace l’histoire de cette technique.
Les matériaux d’une assise paillée ou cannée
Le choix du matériau change l’aspect de la chaise, son confort et la difficulté du travail. Voici les plus courants.
| Matériau | Technique | Aspect | Points à retenir |
|---|---|---|---|
| Paille de seigle | Paillage | Doré, chaleureux, rustique | Matériau traditionnel ; tiges longues et solides, mais il faut les humidifier et les torsader à la main |
| Paille de riz | Paillage | Plus fine, teinte claire ou colorée | Donne une assise plus souple ; souvent proposée déjà préparée |
| Jonc de mer | Paillage | Cordon régulier, teinte verte à brune | Résistant et assez facile à poser ; aspect moins rustique que le seigle |
| Corde de papier torsadé | Paillage | Uniforme, nombreuses couleurs | Vendue en bobine prête à l’emploi ; la plus accessible pour un premier essai |
| Canne de rotin | Cannage | Ajouré, régulier, brillant | Lanières fines et calibrées ; demande précision et patience |
Sur une chaise ancienne ou de qualité, il est préférable de rester fidèle au matériau d’origine : une chaise en chêne paillée de seigle perd une partie de son caractère avec une corde synthétique. À l’inverse, pour une chaise de cuisine très sollicitée, une fibre régulière et résistante peut être un choix raisonnable.
Les étapes d’un rempaillage de chaise
Qu’on le confie à un artisan ou qu’on le fasse soi-même, un rempaillage suit toujours la même logique.
- Diagnostic de la chaise. On vérifie les assemblages, le jeu des pieds, l’état des traverses et l’absence d’insectes du bois. Un cadre qui bouge doit être recollé avant tout.
- Dépose de l’ancienne assise. La vieille paille est coupée et retirée, avec le bourrage et les éventuels clous de fixation. Les traverses sont nettoyées et, si besoin, poncées légèrement.
- Préparation de la matière. La paille de seigle est triée puis humidifiée pour devenir souple ; une corde ou un jonc se prépare en coupant des longueurs maniables.
- Rattrapage de la forme. La plupart des assises sont plus larges à l’avant qu’à l’arrière. On commence donc par garnir les angles avant pour obtenir un carré, avant d’attaquer le tour complet.
- Tressage en tour. Le cordon est torsadé et enroulé autour de chaque traverse, angle après angle, en serrant régulièrement. Les cordons doivent rester parallèles et bien tassés.
- Bourrage. Au fil de l’avancement, on glisse de la bourre entre les deux faces pour donner du galbe et éviter que l’assise se creuse.
- Fermeture et finition. Le travail se termine au centre, où les cordons se rejoignent. On fixe l’extrémité par-dessous, on coupe les brins qui dépassent et on laisse sécher à l’air libre avant usage.
Le cannage suit une autre séquence : pose des brins verticaux puis horizontaux, passes de croisement en diagonale, puis pose d’une bordure qui masque les trous. C’est un travail long, qui explique en grande partie la différence de prix avec un paillage.
Prix d’un rempaillage de chaise : ce qui fait varier le devis
Il n’existe pas de tarif unique : chaque artisan établit son devis selon la chaise qu’il a devant lui. Plutôt qu’un chiffre isolé, voici les critères qui pèsent réellement sur le prix d’un rempaillage ou d’un cannage.
- La technique : un cannage au trou demande nettement plus de temps qu’un paillage, et un cannage en feuille reste généralement plus rapide qu’un cannage traditionnel.
- Les dimensions de l’assise : plus la surface est grande, plus il faut de matière et d’heures. Un fauteuil ou une chaise à assise large coûte plus cher qu’une petite chaise paillée.
- Le matériau : la paille de seigle torsadée à la main représente plus de travail qu’une corde prête à l’emploi.
- L’état du cadre : recollage, remplacement d’une traverse ou traitement du bois s’ajoutent au prix de l’assise.
- Le nombre de chaises : faire refaire une série entière permet parfois de négocier, car l’artisan organise son travail en une seule fois.
- La région et la disponibilité : les rempailleurs sont peu nombreux, et les délais comme les tarifs varient fortement d’un atelier à l’autre.
Le bon réflexe consiste à demander plusieurs devis détaillés, en précisant les mesures de l’assise, le matériau souhaité et l’état de la chaise, photos à l’appui. Notre rubrique consacrée aux chaises cannées et paillées et solutions de rempaillage présente aussi les paillons et assises sur mesure référencés au catalogue, avec leur prix catalogue de référence.
Kit de rempaillage : est-ce une bonne idée ?
Les kits de rempaillage de chaise réunissent en général la matière (corde de papier, jonc ou paille préparée), une notice et parfois quelques outils simples. Ils conviennent bien à certains projets, beaucoup moins à d’autres.
Quand le kit est adapté
- la chaise a peu de valeur sentimentale ou marchande et sert à apprendre ;
- le cadre est sain et l’ancienne assise était un paillage ;
- vous acceptez de consacrer plusieurs heures à une seule assise, surtout la première fois ;
- vous visez une corde ou un jonc, plus faciles à manier que la paille de seigle.
Quand mieux vaut passer par un artisan
- la chaise est ancienne, de style ou fait partie d’une série à garder homogène ;
- l’assise d’origine est un cannage au trou ;
- vous tenez à une vraie paille de seigle torsadée à la main ;
- le cadre demande une réparation de menuiserie.
Le vrai coût d’un kit, c’est le temps : pour un premier essai, choisissez une chaise secondaire.
Réparer ou remplacer : comment trancher
Refaire une assise n’a de sens que si le reste de la chaise tient la route. Quelques signaux doivent faire réfléchir avant d’engager des frais :
- des pieds fendus ou des assemblages qui se desserrent à nouveau après recollage ;
- un bois attaqué en profondeur par les insectes ;
- une chaise de fabrication industrielle dont le cadre n’est pas prévu pour être regarni ;
- une série de chaises toutes usées, où le coût cumulé des assises dépasse le budget d’un ensemble neuf.
Dans ce dernier cas, il peut être plus cohérent de repartir sur un ensemble assorti. La rubrique consacrée aux chaises en bois tourné explique comment juger la solidité des assemblages d’une chaise, et la table monastère blanchie et ses 6 chaises à assise en paille de seigle illustre l’association classique d’une grande table en chêne massif et de chaises paillées. Pour une tablée nombreuse, des bancs en bois massif sont aussi une alternative sans assise à regarnir. L’ensemble des familles de sièges est réuni dans la rubrique chaises et fauteuils.
Entretenir une assise rempaillée ou cannée
Une assise bien refaite peut durer très longtemps si on la ménage :
- éviter l’humidité prolongée comme la chaleur sèche d’un radiateur, qui fragilisent la fibre ;
- dépoussiérer avec un pinceau souple ou un aspirateur réglé au minimum ;
- ne pas monter debout sur une assise paillée ou cannée ;
- pour un cannage détendu, humidifier légèrement le dessous avec une éponge et laisser sécher à l’air libre : la canne se retend en séchant.
Questions fréquentes sur le rempaillage de chaise
Quelle est la différence entre cannage et paillage ?
Le paillage utilise des cordons de fibre végétale torsadés et enroulés autour des traverses, avec un bourrage entre les deux faces. Le cannage tresse de fines lanières de rotin en un motif ajouré, fixé dans des trous ou dans une rainure. Ce sont deux techniques et deux métiers distincts.
Combien de temps dure un rempaillage ?
Un paillage bien serré et bien bourré, sur une chaise utilisée en intérieur, peut tenir de nombreuses années. Sa longévité dépend surtout de la qualité du travail, du matériau, de l’humidité ambiante et de l’usage quotidien.
Peut-on rempailler une chaise soi-même ?
Oui, à condition d’avoir un cadre sain, de la patience et un matériau facile à travailler comme la corde de papier ou le jonc. La paille de seigle torsadée à la main et le cannage au trou restent des travaux d’artisan.
Comment savoir si ma chaise est cannée au trou ou en feuille ?
Regardez le pourtour du cadre : une rangée de petits trous indique un cannage traditionnel, une rainure fermée par un jonc collé indique un cannage en feuille. Ce détail est important pour le devis, car les deux techniques ne demandent pas le même temps.
